Les règles et explications de Zakat Al Fitr
( Série Zakat – Partie 2 )
C’est bientôt la fin du Ramadan ; en espérant que ce dernier a été bénéfique à tous les musulmans et qu’Allah a pardonné nos péchés.
Ce vendredi 20 mars, les musulmans s’apprêtent à célébrer l’Aïd al-Fitr, mais aussi à s’acquitter de la Zakat al-Fitr. Payer cette Zakât est un acte d’adoration d’une importance capitale. Il est donc essentiel de connaître les règles pour s’en acquitter correctement.
Tu te demande si on peut la payer avant l’Aïd ?
Tu a entendu dire qu’elle se verse sous forme de nourriture, mais vous ne comprenez pas pourquoi les mosquées demandent de l’argent ?
Ou vous ne savez tout simplement pas si vous en êtes redevable, ou si vous devez également la payer pour votre famille ?

Toutes ces questions trouvent leurs réponses dans cet article, qui explique l’utilité de cette aumône ainsi que la sagesse qui sous-tend cette adoration.
Etymologie de l’aumône du ramadan
Le mot « Zakat » provient de la racine arabe zaka, qui évoque la purification, mais aussi la croissance et la bénédiction.
Voir la 1er partie de la série pour mieux comprendre le but de la Zakat
En acquittant la Zakat, le croyant ne se contente pas de donner une part de ses richesses : il purifie son âme de l’avarice et de l’attachement excessif aux biens matériels.
Ainsi, la Zakat est source de bénédictions, aussi bien pour celui qui la donne, qui voit son cœur s’éclairer, que pour celui qui la reçoit, qui trouve un soulagement dans ses besoins.
Al-Fitr (الفطر) vient de la racine arabe « ف ط ر » (fa-ta-ra), qui signifie « ouvrir », « rompre ».
Al-Râghib al-Asfahânî dans Mufradât Alfâz al-Qur’ân explique la racine linguistique de « zakât » et ses sens de purification et de croissance.
Définition
Zakat al-fitr est l’aumône purificatrice donnée avant la prière de l’Aïd Al-Fitr, visant à compenser les manquements du jeûne et à permettre aux plus démunis de célébrer cette fête dans la dignité.
Elle est liée à la personne car elle purifie l’âme de l’individu en l’aidant à se libérer de l’orgueil ou de la vanité liés à ses actions pendant le Ramadan. Tandis que Zakât al-Maal concerne directement la purification de la richesse matérielle.
Voir la partie sur Zakat Al maal
Hadith sur son objectif :
Le Prophète ﷺ a dit :
« Rendez-la obligatoire pour qu’elle purifie le jeûneur de toute parole ou acte indécent, et pour qu’elle serve de nourriture aux pauvres. »
(Abu Dawud, Ibn Majah, authentifié par Al-Albani)
Ce hadith montre que la Zakât al-Fitr a deux objectifs :
1. Purifier le jeûne du Ramadan des manquements et des erreurs.
2. Aider les pauvres, en leur permettant d’avoir de quoi manger pendant la fête de l’Aïd
Quand sortir Zakat Al-Fitr ?
Autorisé : à partir de 2 jours avant l’Aid
Préférable : Le jour de l’aid avant la prière
En islam, les journée commence à partir de salat al maghreb, il est donc préférable d’acquiter la zakat entre le magreb et la priere du ‘Aid.
Obligatoire : Avant la prière de l’aid
Le Prophète ﷺ a dit :
(Abu Dawud, Ibn Majah, authentifié par Al-Albani)
« Celui qui la donne avant la prière, c’est une Zakât acceptée. Celui qui la donne après, c’est une simple aumône parmi d’autres. »

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Peut-on la donner plus de deux jours avant l’Aïd ?
Selon la majorité des savants (Malikites, Shafi‘ites et Hanbalites), il n’est pas permis de donner la Zakât al-Fitr plus de deux jours avant l’Aïd. Ils se basent sur un hadith rapporté par Ibn ‘Umar, indiquant que les Compagnons la distribuaient un ou deux jours avant l’Aïd (Bukhari et Muslim).
Ainsi, selon cette opinion majoritaire, le délai autorisé est d’un ou deux jours avant la prière de l’Aïd, et pas au-delà.
En revanche, certains savants Hanafites autorisent sa distribution dès le début du mois de Ramadan. Dans le Mukhtasar Al Quduri, il est indiqué il reste préférable de la donner le jour de l’aid afin qu’elle remplisse pleinement son objectif d’assistance aux nécessiteux le jour de la fête.
Que faire si on oublie de donner la Zakât al-Fitr à temps ?
Si on oublie de donner la Zakât al-Fitr avant la prière de l’Aïd, il est important de la donner dès que possible. Toutefois, elle ne sera plus considérée comme une Zakât al-Fitr, mais comme une simple aumône (sadaqa).
Le Prophète (paix et bénédiction sur lui) a dit :
« Celui qui donne la Zakât al-Fitr avant la prière, cela sera acceptée comme Zakât al-Fitr, mais celui qui la donne après la prière, cela sera une simple aumône. »
Cela signifie que, même en cas de retard, il est important de s’acquitter de cette obligation, car ne pas la donner reste un péché, étant une dette envers les nécessiteux.
Ne pas honorer cette obligation serait donc une négligence.
Qui doit payer Zakat al-fitr?
La Zakât al-Fitr est une obligation individuelle (fard ‘ayn) pour chaque musulman, homme ou femme, petit ou grand, libre ou esclave.
Le Prophète (saws) a dit :
« Le Messager d’Allah (saws) a rendu obligatoire la Zakât al-Fitr pour le jeûneur : un saa’ de dattes ou un saa’ d’orge, pour chaque personne libre ou esclave, homme ou femme, petit ou grand parmi les musulmans. »
Selon la majorité des savants, le chef de famille (père, mari, tuteur légal) est responsable de s’acquitter de la Zakât al-Fitr pour toutes les personnes à sa charge, qu’il nourrisse quotidiennement (épouse, enfants, parents dépendants, etc.).
Ibn Qudâmah dit : « Il incombe à l’homme de s’en acquitter pour lui-même et pour ceux dont il a la charge. » (Al-Mughnî, 2/358)
Concernant la femme ?
Toutefois, il existe des divergences d’avis.
Concernant la femme, si elle travaille et possède un revenu propre avec un surplus, elle peut payer sa Zakât al-Fitr elle-même, surtout si son mari n’en a pas les moyens.
Mais si le mari subvient déjà à ses besoins, il reste prioritairement responsable selon la majorité des savants. L’avis hanafite majoritaire, en revanche, considère que chacun doit s’acquitter de sa propre Zakât al-Fitr s’il en a les moyens, même si une autre personne subvient à ses besoins.
Et les enfants ?
Il n’y a pas d’âge minimum : même pour le bébé né avant le coucher du soleil la veille de l’Aïd, la Zakât al-Fitr est due. Cette responsabilité revient donc au père de famille.
‘Uthmân ibn ‘Affân (radhia Allahu ‘anhu) disait :
« La Zakât al-Fitr est due pour le fœtus s’il est né avant le coucher du soleil. »(Rapporté par Ibn Abî Shaybah, authentifié par al-Albânî)
En savoir sur qui est redevable de La zakat Al fitr selon l’école malikite
Combien d’argent doit-on posséder pour devoir payer la Zakat du Ramadan ?
Il suffit d’avoir un surplus de nourriture ou d’argent au-delà des besoins essentiels de la journée et la nuit de l’Aïd, pour toi et ceux à ta charge.
Shaykh Ibn Qudâmah (rahimahullah) dit :
« Celui qui possède ce qui lui suffit, à lui et à ceux dont il a la charge, pour le jour et la nuit de l’Aïd, doit s’en acquitter. »
Ibn Hajar al-Haytami (rahimahullah) précise aussi :
« Elle est obligatoire pour celui qui, le soir de l’Aïd, possède un surplus par rapport à ses besoins de base. » (Tuhfat al-Muhtâj, 3/314)
Ainsi, pas besoin d’atteindre le nissab, ni d’attendre un an comme pour la Zakât al-Maal : la condition est simplement de ne pas être dans le besoin immédiat.
Quoi donner pour Zakat al Fitr ?
Nous devons donner au minimum 1 sa’ de nourriture, correspondant à environ 2,5 kg de nourriture.
Le sa’ est une unité de mesure utilisée à l’époque du Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) pour déterminer la quantité de nourriture à donner, comme pour la Zakât al-Fitr.
D’après Abou Sa‘îd Al-Khudrî (qu’Allah l’agrée) :
“À l’époque du Prophète (saws), nous donnions la Zakât al-Fitr comme un sâ‘ de nourriture : un sâ‘ d’orge, ou un sâ‘ de dattes, ou un sâ‘ de raisins secs, ou un sâ‘ de fromage sec. »
Les aliments qui peuvent être donnés pour la Zakât al-Fitr, incluent :
1. Riz
2. Dattes
3. Orge
4. Blé
5. Raisins secs
6. Sorgho (mil)
7. Fromage (dans certains contextes)
8. Lentilles (dans certaines écoles de pensée)
Il préférable de donner la Zakât al-Fitr en nourriture ?
Initialement, donner la Zakât al-Fitr en nourriture est obligatoire selon la majorité des savants (Malikites, Shafi‘ites, Hanbalites).
Le Prophète Muhammad (saws) et ses Compagnons donnaient la Zakât al-Fitr en nourriture, comme cela est rapporté dans de nombreux hadiths authentiques.
Cependant des avis de l’école Hanafite autorise de donner la valeur de la nourriture en argent. Cette position est détaillée dans des ouvrages de référence comme Al-Mabsut de l’imam Al-Sarakhsi ou Bada’i al-Sana’i de l’imam Al-Kasani.
Ils citent également la pratique du calife Umar ibn Abd al-Aziz, qui demandait de collecter la Zakât en monnaie (dirhams) pour plus de facilité.
Le but étant de « mettre le pauvre à l’abri du besoin ». Selon eux, l’argent est plus flexible et permet au nécessiteux de régler ses urgences (loyer, médicaments, vêtements).
Que faire lorsqu’on ne connait pas de pauvre à qui donner la nourriture ?
Il est préférable de donner Zakât al-Fitr en nourriture, comme c’était la pratique du Prophète (paix et bénédictions sur lui), mais elle peut aussi être donnée sous forme d’argent à une organisation de collecte, si cela n’est pas possible.
Dans ce cas, il faudrait donner l’équivalent de 2,5 kg de nourriture (généralement entre 5 et 10 euros, selon les prix locaux).
Si on donne de l’argent à une organisation de collecte, il faut s’assurer qu’elle utilisera bien cet argent pour acheter et distribuer de la nourriture aux pauvres, et non pour d’autres usages.
Ainsi, même si l’intention est louable, suivre la Sounnah consiste à la donner sous forme de nourriture directement, sans intermédiaire ni report.
Exemple de collecte qui redistribue l’argent pour Zakat Al-fitr
A qui donner Zakat al fitr ?
Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit :
« Rendez-la aux pauvres. » (Rapporté par Abû Dâwûd, n°1609 ; authentifié par Cheikh al-Albânî)
Cette parole indique que la Zakât al-Fitr est destinée aux pauvres, mais aussi aux nécéssiteux comme l’ont expliqué les savants (Cheikh Ibn Bâz (m. 1999) et Cheikh al-‘Uthaymîn (m. 2001).
En effet, les juristes distinguent souvent deux types de bénéficiaires à cette distribution :
1. Les pauvres (al-fuqarâ’) : ceux qui ne possèdent pas la moitié de ce dont ils ont besoin pour vivre.
2. Les nécessiteux (al-masâkîn) : ceux qui ont plus que la moitié, mais pas la totalité de leurs besoins fondamentaux.
Dans son ouvrage Al-Mughnî, explique :
« Le pauvre (faqîr) est celui qui ne possède pas la moitié de ce qui lui est nécessaire pour vivre, lui et sa famille. Le nécessiteux (miskîn) est celui qui possède plus de la moitié, mais pas la totalité de ses besoins. »

